Slow Practice : Le monde court de plus en plus vite.

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Slow Practice : Le monde court de plus en plus vite.

Un article rédigé par notre adhérente Mirela VOICU de Arc’Essence.

Les printemps passent sans que l’on s’en aperçoive vraiment, les journées s’enchaînent, les agendas se remplissent, les événements se succèdent et finissent par se ressembler.
Tout semble aller dans le même sens : produire plus, répondre plus vite, décider plus tôt.
La vitesse est devenue une valeur implicite, presque une vertu. Et pourtant, un malaise diffus s’installe : une fatigue qui ne dit pas toujours son nom, une perte de sens, une impression de ne plus habiter pleinement ce que l’on fait.

Et si, justement, nous ralentissions ?

Ces dernières années, de nombreux mouvements ont émergé pour proposer une autre temporalité. La slow fashion, par exemple, invite à produire moins mais mieux, à respecter les matières, les gestes, les personnes, et à redonner de la valeur au temps long.
Dans le même esprit, les musées parisiens expérimentent des formats de visite alternatifs : journées lentes, parcours sensibles, moments de contemplation silencieuse.

Ces démarches proposent d’offrir aux visiteurs la possibilité de regarder autrement, de s’attarder, de ressentir, sans objectif de performance ni d’accumulation. Cette aspiration à ralentir dépasse largement le cadre culturel ou esthétique. Elle traverse nos modes de vie, nos manières de consommer, de nous déplacer, de nous informer. Elle exprime un besoin profond : celui de reprendre contact avec l’essentiel. Or, paradoxalement, l’endroit où ce besoin est le plus criant est souvent celui où l’on se l’autorise le moins : le travail.

Le travail est devenu, pour beaucoup, le coeur battant – et parfois oppressant – de nos existences. C’est là que s’accélèrent les rythmes, que les attentes se superposent, que les décisions doivent être rapides, efficaces, rentables. C’est aussi là que se concentrent les tensions contemporaines : surcharge mentale, perte de repères, sentiment d’urgence permanent. Nous cherchons alors la déconnexion ailleurs : dans les vacances, les loisirs, les week-ends, comme si le ralentissement ne pouvait exister qu’en dehors du temps professionnel.

La Slow Practice est une proposition de renversement de perspective. Et si le ralentissement commençait précisément là où la pression est la plus forte ? Et si nous acceptions de prendre le temps de travailler autrement : de comprendre en profondeur les besoins, de poser les bonnes questions, d’écouter avant de répondre ? Non pas pour faire moins, mais pour faire plus juste.

Prendre le temps n’est pas synonyme d’inaction. C’est un temps habité, conscient, attentif. Un temps qui permet de discerner ce qui est réellement nécessaire de ce qui ne relève que de l’agitation.
Dans une pratique professionnelle, cela signifie se donner l’espace pour analyser un contexte, comprendre une demande dans toute sa complexité, mesurer les impacts – humains, environnementaux, sociaux – des décisions prises. C’est refuser les réponses standardisées au profit de solutions ajustées, sensibles, durables.

L’image de la neige tombée récemment à Paris illustre parfaitement cet état d’esprit. Lorsque la ville se couvre de blanc, tout change. Les bruits sont étouffés, les mouvements ralentissent, les perspectives se transforment. Les passants marchent plus lentement, plus attentifs. Le temps semble suspendu. La neige n’efface pas la ville : elle la révèle autrement. Elle impose une autre cadence, plus douce, plus prudente, plus consciente.

La Slow Practice cherche à produire un effet comparable dans le monde du travail. Elle ne nie pas les contraintes, les délais, les responsabilités. Elle propose simplement de modifier le rapport au temps et à l’action. Travailler moins dans l’urgence, plus dans la justesse. Moins dans la réaction immédiate, davantage dans la réflexion. Accepter que certaines décisions demandent de mûrir, que certaines réponses gagnent à être différées pour être affinées.

Cette posture suppose aussi de redonner une place au plaisir du travail bien fait. Apprécier un processus, un échange, une recherche. Retrouver le sens du geste, de l’intention, de l’attention portée aux détails. Comme dans la slow fashion, où chaque couture, chaque matière raconte une histoire, la Slow Practice pourra valoriser la qualité de l’engagement plutôt que la quantité des productions.
Ralentir, c’est aussi résister. Résister à l’idée que tout doit aller toujours plus vite. Résister à la confusion entre efficacité et précipitation. Résister à l’effacement progressif de l’humain derrière les tableaux de chiffres et les indicateurs de performance. C’est affirmer que le travail peut – et doit – être un lieu d’équilibre, de création, de sens.
Dans un monde qui fuit à toute vitesse, choisir la Slow Practice n’est pas un retour en arrière. C’est un pas de côté. Une manière de réhabiter le temps, de redonner de l’épaisseur aux journées, et de faire du travail non plus une source d’épuisement, mais un espace de cohérence et d’essentiel.

Un article rédigé par notre adhérente Mirela VOICU de Arc’Essence.

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