190 000€ de financements non dilutifs en moins d’un an : mode d’emploi d’une fondatrice qui est partie de zéro
Un article rédigé par notre adhérente Setan Cissoko — HomePulse Medtech
Quand on crée une startup deeptech sans réseau dans la finance et sans trésorerie, la question du financement se pose dès le premier jour. Lever des fonds en equity trop tôt, c’est céder du capital avant d’avoir quoi que ce soit à montrer. Le financement non dilutif — subventions et prêts d’honneur — offre une alternative concrète pour franchir les premières étapes sans se délester de sa société. En moins de douze mois, j’ai sécurisé 190 000 € par ce biais. Voici comment, étape par étape.
1. Pourquoi commencer par le non-dilutif
Quand on est une startup deeptech pre-revenue, lever des fonds en equity trop tôt, c’est vendre son projet au rabais. On n’a pas encore de preuve de concept, pas de valorisation défendable, et les investisseurs le savent. Le rapport de force est déséquilibré.
Le financement non dilutif permet de franchir les premières étapes techniques — faisabilité, prototypage, premiers résultats — sans céder de capital. On arrive ensuite en levée de fonds avec des jalons démontrés et une position de négociation radicalement différente.
Ce n’est pas une stratégie par défaut. C’est un choix délibéré.
À retenir : Pour un investisseur, une startup qui a déjà obtenu des financements publics, c’est un signal de sérieux : le projet a été évalué et validé par des tiers indépendants.
2. La chronologie : cinq financements en douze mois
Chaque dossier a été monté en fonction de la phase de développement du projet, pas au hasard. Le séquençage suit la feuille de route R&D. Voici la chronologie complète.
Décembre 2025 — Concours Créatrices d’Avenir — 3 500 €
Lauréate Innovation au niveau départemental (Seine-Saint-Denis) puis régional (Île-de-France) du concours porté par le Réseau Initiative. Au-delà de la dotation financière, c’est un premier signal de crédibilité : un jury externe valide que le projet tient la route. Ne sous-estimez jamais les concours. Le montant est secondaire. C’est la reconnaissance qui ouvre des portes.
Janvier 2026 — Aide FPI Faisabilité (Bpifrance) — 30 000 €
La Facilité pour Projets Innovants, volet faisabilité, finance les premières étapes d’exploration technique. Dans mon cas : les travaux de laboratoire pour valider la faisabilité de ThromboTrack, notre test de diagnostic rapide pour le suivi plaquettaire. Le dossier exige une description technique solide et un budget prévisionnel détaillé. Comptez plusieurs jours de rédaction à temps plein.
Février 2026 — Prêt d’honneur Réseau Initiative — 20 000 €
Un prêt à taux zéro, sans garantie personnelle, attribué après passage devant un comité. Le prêt d’honneur a un double effet souvent sous-estimé : il renforce la trésorerie, et il sert de levier auprès des banques et d’autres financeurs. C’est un signal de confiance qui se cumule.
Avril 2026 — Bourse French Tech Émergence (Bpifrance) — 90 000 €
Le plus gros morceau. La BFTE est une subvention du plan France 2030 destinée aux projets deeptech en phase d’émergence. Le processus est exigeant : dossier technique approfondi, soutenance devant un jury d’experts, évaluation du caractère deeptech du projet. Il y a eu plusieurs allers-retours avec Bpifrance avant la soumission finale. La BFTE finance la phase suivante de notre développement : la mise au point in vitro du test.
Mai 2026 — Prêt d’honneur Wilco — 50 000 €
Dans le cadre du programme d’accompagnement Wilco, un prêt d’honneur conséquent qui vient compléter le dispositif. L’accompagnement inclut du mentorat et un accès réseau en plus du financement. Pour une fondatrice qui n’est pas issue du monde de la finance, cet encadrement a une valeur au moins égale au montant du prêt.
À retenir : Total : 190 000€ en moins de douze mois — 120 000 € de subventions et 70 000 € de prêts d’honneur, sans dilution, pour une startup pré-revenue.
3. Ce qui a fait la différence
Connaître ses besoins avant de chercher l’argent. Avant de regarder les dispositifs disponibles, j’ai posé ma feuille de route technique sur 18 mois avec les coûts associés à chaque phase. Chaque dossier de financement répond à un besoin précis et daté, pas à une enveloppe vague. C’est la base, et pourtant beaucoup de porteurs de projets postulent à des dispositifs sans savoir exactement ce qu’ils vont financer avec.
Étudier les lauréats des années précédentes. Avant de candidater à un dispositif, allez regarder qui l’a obtenu avant vous. Le profil des lauréats vous dit exactement ce que le jury valorise : le stade de maturité attendu, le type de projet sélectionné, le niveau de détail technique demandé. C’est un travail de veille que presque personne ne fait, et qui change la qualité du dossier du tout au tout.
Séquencer en fonction du projet, pas du calendrier des appels. Le FPI finance la faisabilité, la BFTE finance le développement. Dans cet ordre. Monter les dossiers dans le désordre, c’est se retrouver à justifier des dépenses qui ne correspondent pas à la phase du projet. Les financeurs ne sont pas dupes.
Accepter les refus comme des entraînements. Fin 2024, avant même la création de l’entreprise, j’ai candidaté au concours I-Lab de Bpifrance. Refus en phase dossier. I-Lab est très sélectif, et mon projet n’était pas assez mature à ce stade. Mais le travail de structuration du dossier m’a servi pour tous les suivants. Chaque candidature ratée affine le discours et renforce le dossier d’après.
4. Les erreurs à éviter
Sous-estimer le temps. Un dossier de financement, c’est plusieurs jours de travail à temps plein. Entre la rédaction, les budgets prévisionnels, les pièces justificatives, les allers-retours et les soutenances, il faut compter entre une et plusieurs semaines par dossier. Si vous êtes seul à la barre, bloquez ces créneaux dans votre agenda comme des rendez-vous clients. Un dossier bâclé par manque de temps est un dossier rejeté.
Postuler partout en même temps. La tentation est grande de tout envoyer d’un coup. Résistez. Les financeurs se parlent, et un même projet présenté à trois guichets simultanément sans cohérence dans le séquençage envoie un mauvais signal. Chaque demande doit s’inscrire dans une logique lisible.
Négliger le récit. Un dossier technique irréprochable avec un récit confus sera moins bien noté qu’un dossier correct avec une histoire limpide. Pourquoi ce projet, pourquoi vous, pourquoi maintenant — c’est ce triptyque qui convainc un jury. Les membres d’un comité lisent des dizaines de dossiers. Le vôtre doit être compris en cinq minutes.
5. Ce qu’il faut retenir
Le financement non dilutif n’est pas réservé aux startups tech parisiennes bien connectées. Les dispositifs existent, ils sont accessibles, et les critères de sélection sont publics. Ce qui fait la différence, ce n’est pas le réseau : c’est la préparation.
190 000 € de non-dilutif en pre-revenue, c’est un signal fort. Pour les futurs investisseurs, ça démontre une capacité d’exécution et une validation externe du projet par des institutions crédibles. Pour le projet lui-même, c’est le temps et les moyens de franchir les jalons techniques sans la pression d’un actionnariat prématuré.
Le non-dilutif n’est pas une fin en soi. C’est un levier pour arriver en position de force à l’étape suivante.
À retenir : Avant de chercher le bon dispositif, posez votre feuille de route sur 18 mois avec les coûts associés. Regardez les lauréats des années précédentes. Et séquencez vos demandes en fonction de la maturité de votre projet, pas de l’urgence de votre trésorerie.
Un article rédigé par notre adhérente Setan Cissoko — HomePulse Medtech
HomePulse Medtech développe ThromboTrack, un test de diagnostic rapide pour le suivi plaquettaire au lit du patient — sans instrumentation, sans laboratoire. Fondée par Setan Cissoko, infirmière depuis 2007 et CEO, la startup est accompagnée par IncubAlliance Paris-Saclay, le Cnam Incubateur et le programme Wilco.

